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Alexandre - Librairie Port Maria

Librairie Port Maria à Quiberon

2 commentaires

  • « Il est certains êtres pour qui rien n’est plus douloureux que de se souvenir, surtout lorsque les souvenirs sont heureux. Ne pas savoir oublier. Implacable vengeance de la mémoire. Quand la moindre trace qui s’y imprime est vouée à devenir une plaie béante. » Une belle phrase à disserter.
    La narratrice est une plaie béante, désillusions, mal être, enfance marquée par la violence « expliquaient que j’eusse du monde une perception comparable à celle d’un champ de bataille où oppresseurs et opprimés luttaient sans fin. ». Bref, une écorchée vive. Ce séminaire dans les Caraïbes semble tomber à point pour sa carrière et son porte-monnaie presque vide.
    Las, ce n’est pas une sinécure. Entre les collègues, quatre-vingts personnes, et un professeur-dictateur qui leur interdit les plaisirs de la plage. « La seule différence entre un condamné et moi étant sans doute que mon sort était volontaire, sans compter que le confort d’une chambre d’hôtel « quatre étoiles » déguisait la vraie nature de cette prison » font que l’insoumission bouillonne. N’écrit-elle pas dans son cahier, durant un séminaire, « J’ai besoin de quelque chose qui donne forme à ma vie, comme l’air donne forme au ballon qu’il gonfle. Je ne peux encore dire ce que ce sera, mais certainement cette chose que l’on appelle « l’amour ».
    C’est alors qu’elle rencontre « l’homme coquillage », un jamaïcain qui vend des coquillages aux touristes. Commence alors une amitié amoureuse hors les sentiers battus. Elle, blanche, turque et belle, lui noir, disgracieux et jamaïcain fauché (doux euphémisme), rasta, dealer et meurtrier. Cela fait beaucoup, mais entre va naître quelque chose d’intense. Ils ont des choses en commun, la solitude, la violence, le besoin d’amour. Une liaison platonique qui ne durera que quelques jours, pleine de leurs différences, de leurs dissensions.
    Plus que cette relation, le thème de ce livre me parait être l’enfermement. Coincée entre quatre murs avec ces collègues physiciens, elle étouffe. Enfermée dans sa posture de « savante » occidentalisée, elle se cogne aux murs de son éducation. Claquemurée par son ennui, elle trouve un dérivatif dans l’alcool. Enfermée dans son histoire violente, sa relation avec le rasta tourne court mais lui permet de s’ouvrir aux autres, de retrouver sa sensualité. Grâce à sa rencontre avec l’Homme coquillage, elle trouve le chemin de la défense des opprimés, des laissés pour compte, des exilés.
    Un livre sur les occasions perdues, le racisme –les blancs ignorent les rastas, leurs regards les ignorent comme s’ils étaient transparents. Un premier livre d’une sensibilité exacerbée qui a toute la fougue de la jeunesse. Elle s’offre à nous lecteurs dans toute l’impudeur de sa beauté et de sa vie sauvage. Les germes de son implication future sont présents.
    Quelque fois un peu trop grandiloquent, « L’homme coquillage me donne une grande envie de lire les ouvrages suivants d’Asli Erdoğan

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